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La Coupe du monde de la Fédération Internationale de Ski célèbre ses 50 ans : UN RETOUR À LA PLANCHE À DESSIN S’IMPOSE-T-IL?

PAR : Mike Janyk PHOTOGRAPHIE : ACA/Pentaphoto.

Après 50 ans, la Coupe du monde doit retrouver l’équilibre entre les athlètes et les partisans.

Le circuit de ski alpin de la Coupe du monde célèbre ses 50 ans cette saison, mais, de plus en plus, le monde de la compétition de ski trouve qu’il tombe désormais à plat. Il est vrai que, en tant qu’athlètes, nous semblons aimer nous plaindre presque autant que nous aimons skier : Les entraîneurs nous poussent trop, ou pas assez. Il fait trop froid. Il fait trop chaud. Mon numéro de départ est merdique. Le remonte-pente est trop lent. Je me suis moi-même plaint plus souvent qu’autrement au cours de ma carrière de 10 ans sur le circuit de la Coupe du monde, puis, depuis mon retrait de la compétition, à titre de membre de la commission des athlètes de la Fédération Internationale de Ski (FIS).

Il est toutefois clair qu’il y a de vrais défis. Statistiquement parlant, le nombre de téléspectateurs est demeuré relativement stable au cours des dernières saisons, bien qu’il convienne de noter que plus de temps d’antenne total est requis pour obtenir la même incidence médiatique en général. Pourtant, Rogers Sportsnet a supprimé les compétitions de ski de la Coupe du monde de sa liste de télédiffusion. Notre situation actuelle peut être jugée solide en surface, mais chancelante en profondeur.

D’un point de vue positif, tout ce chialage peut être transformé en motivation pour réussir et peut parfois même unir une équipe, plus particulièrement lorsque tous les membres disent ce qu’ils ont sur le cœur. Il peut aussi être à l’origine d’excellentes discussions menant à des idées constructives en vue d’apporter un changement positif.

Dans son mot d’ouverture à la dernière conférence de la FIS, Niklas Carlsson, président du comité de la Coupe du monde de ski alpin, a insinué que le ski alpin pourrait être dans une « crise de la quarantaine ». Cette affirmation a été renforcée par l’intermédiaire de questions posées par le président du comité de ski alpin de la FIS Bernhard Russi : « Savons-nous qui nous sommes? Où nous en sommes? Et où nous voulons aller? »

Pour moi, ces remarques sont pleines d’espoir, comme une bouffée d’air frais après avoir été sous l’eau beaucoup trop longtemps. Ces mots signifient que nous sommes prêts à changer et représentent la possibilité de découvrir une nouvelle façon d’avancer.

Avant de chercher une solution, jetons un coup d’œil aux questions de Russi et voyons si nous pouvons y répondre en revenant sur où nous avons commencé, où nous sommes allés et qui nous étions au tout début.

En 1966, à l’hôtel, au gîte, au seul endroit à Portillo, au Chili, deux directeurs alpins nationaux, soit Bob Beattie, des États-Unis, et Honoré Bonnet, de France, ont rencontré le journaliste français Serge Lang afin de tenter de trouver un moyen de réunir les grands athlètes de ski, tout en satisfaisant à une requête de Jacques Goddet, directeur du journal sportif français L’Équipe de l’époque, visant à renseigner les lecteurs du journal sur le circuit de ski alpin de compétition.

Je visualise cet édifice éloigné, en bordure d’un lac alpin pittoresque, niché au creux d’un bol créé par les Andes environnantes.

À l’intérieur, un feu de foyer rugit, mais il n’est pas nécessaire, car la discussion des trois hommes est déjà bien enflammée. À l’extérieur, une fine neige tombe sur le lac glacé et quelques clients de l’hôtel errent silencieusement dans leurs tenues hivernales. De retour à l’intérieur, nos trois alliés font une pause, puis, quelques instants plus tard, alors que la fumée de cigarette dérive doucement dans l’air immobile, leur regard se lève et se rencontre tout à coup. eurêka! Ils se lèvent d’un bond et crée, après quelques poignées de main, la Coupe du monde! Du moins, voilà la scène d’ouverture de mon scénario mental.

Comme je me permets un peu de fiction, j’entrerai dans la pièce pendant cet échange. S’ils se tournaient vers moi et me demandaient : « Mike, qui sommes-nous? »

Je répondrais : « Nous représentons les athlètes, pour les partisans ». C’est tout simplement génial!

S’il s’agit là des éléments de base du circuit élite de notre sport, nous devons alors trouver l’équilibre entre eux afin de créer de l’or alchimique : entre les athlètes et les partisans.

Nous en avons fait du chemin au cours des 50 dernières années, nous avons connu de bons et de moins bons moments, mais je suis persuadé que, si l’on comparait les moments de réussite aux moments stagnants, on y verrait une corrélation avec cet équilibre. Je me demande si le circuit professionnel a été créé parce que les athlètes de la Coupe du monde se sentaient isolés…

La FIS organise actuellement huit différentes épreuves de ski alpin : slalom, slalom géant, super géant, descente, ski alpin combiné, compétition d’équipes, compétitions en parallèle dans différentes villes et, pour la première fois cette année, une épreuve de slalom géant double, à Alta Badia, en Italie. Tout cela a été créé dans la bonne intention d’en donner encore plus aux spectateurs, mais en ont-ils vraiment besoin? Ce calendrier est exigeant pour les athlètes, plus particulièrement ceux qui prennent part à toutes les épreuves dans leur quête du très convoité globe de cristal, aussi connu sous le nom de Große Kugel. À l’heure actuelle, il y a 90 compétitions masculines et féminines combinées de Coupe du monde réparties entre 38 stations, sans compter les compétitions des Championnats du monde et des Jeux olympiques.

Pour les partisans, cela semble être un plus. Plus de contenu, plus de variété, donc plus facile de présenter le sport. Il devrait s’agir d’une formule gagnante pour attirer plus de téléspectateurs et augmenter le nombre de partisans. Mais, au cours de ces dernières années, la tendance semble à l’opposé. Certains organisateurs de compétitions sont préoccupés par le fait qu’il devient de plus en plus difficile et trop coûteux de tenir des compétitions de la Coupe du monde. Les athlètes sont limités par des commanditaires stricts et des règlements relatifs au contenu, en plus d’être constamment submergés de changements aux règlements par rapport aux compétitions et à l’équipement.

Le frêle équilibre est disparu, et je n’y vois qu’une solution.

Rendre le sport aux athlètes. Les libérer afin qu’ils puissent repousser les limites du sport. Il faut d’abord rendre ce dernier emballant et agréable pour les athlètes, puis voir si les partisans réagiront. Les nouveaux ajouts au cadre olympique et de la FIS sont très axés sur les athlètes. La demi-lune en surf des neiges et en ski ainsi que le slopestyle et le ski cross ont conservé une certaine fraîcheur; ils offrent une liberté à la créativité qui leur permet de gagner en popularité grâce aux athlètes, et les partisans semblent apprécier. Cela rejoint la quête de liberté et le désir de repousser les limites de la vie du spectateur, ce qui a beaucoup plus de poids que toute quantité de contenu supplémentaire.

Ma solution : Raffiner le circuit de la Coupe du monde. Créer un programme constant regroupant les meilleures compétitions et les présenter selon un calendrier régulier s’étendant sur toute l’année. Plutôt que de tenir compte de sept épreuves pour la remise du globe de cristal, il faudrait n’en organiser que trois : descente, slalom géant et slalom (désolé super géant), et les présenter dans un format de style grand prix, du vendredi au dimanche. Les sites classiques pourraient avoir à combiner des gagnants entre les épreuves de descente et de slalom, au lieu de tenir une épreuve distincte.

Les athlètes seraient ainsi plus reposés et concentrés, et peut-être même plus disposés à se lancer des défis dans leur discipline, ce qui augmenterait l’emballement pour les partisans. Une augmentation du nombre de partisans et un produit de qualité supérieure offert par la FIS, et les athlètes représentent ainsi une meilleure valeur pour les organisateurs de compétitions, qui doivent les promouvoir aux commanditaires et aux télédiffuseurs. Plus l’intérêt est grand parmi les commanditaires et les télédiffuseurs, plus les prix en argent peuvent être importants pour les athlètes. Imaginez s’il y avait 1,5 million d’euros en jeu pour le gagnant de la fin de semaine à Kitzbühel! Je serais rivé à l’écran!

Peu importe la forme que prend la solution, il faudrait chercher à retrouver l’équilibre entre les athlètes et les partisans. Cet équilibre est à l’origine du circuit. Peut-être que de le retrouver assurerait 50 autres années de prospérité au circuit.