S’envoler avec Eddie l’aigle

Légende olympique d’humilité et d’humour

Les amateurs de ski de compétition avaient de quoi se réjouir aux Jeux olympiques d’hiver de 1988 à Calgary. Alberto Tomba (ITA) et Vreni Schneider (SUI), double médaillés d’or, et le Français Franck Piccard remportaient la toute première épreuve olympique de super G. Cependant, pour les médias internationaux et les millions de téléspectateurs, l’action a vraiment eu lieu au Parc olympique à Calgary, où le sauteur à ski britannique Michael Edwards, surnommé Eddie l’aigle, s’est envolé comme un oiseau (ou a battu des ailes comme un pingouin) sur une paire de skis de saut de 240 cm empruntée à l’équipe italienne.

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Bien avant de se lancer sur les sauts de 70 m, puis de 90 m, Eddie l’aigle était un personnage controversé. En fait, Edwards faisait partie d’une tradition relativement courante à l’époque, soit celle d’athlètes amateurs dilettantes cherchant à s’introduire dans le circuit de compétition afin de devenir des athlètes olympiques. De tels « faux amateurs » avaient souvent recours à des passeports suspects et à des adhésions à des fédérations sportives nationales inexistantes dans le but de rivaliser contre les meilleurs au monde. Edwards provient d’une longue tradition d’aventuriers, d’explorateurs et de sportifs britanniques qui n’aiment rien de mieux que de mettre leur nez dans le système de classes fermé du pays avec ses écoles d’élite, ses fins accents et ses chics blazers. De tels renégats ne sont pas très populaires auprès des bureaucrates du monde sportif, mais les tabloïdes les adorent évidemment.

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Par une nuit hivernale dans la ville de montagne de Golden, en Colombie-Britannique, qui porte bien son nom, Edwards est monté sur scène à un théâtre local afin de présenter une diffusion spéciale d’Eddie l’aigle, un film biographique d’Hollywood de 2016 avec la vedette de X-Men Hugh Jackman et l’hilarant Christopher Walken, le fruit de plus de 18 ans d’efforts. (Il s’agit aussi d’un film qui, selon Edwards, n’est « vrai qu’à 5 % ».)

Faisant preuve du même humour teinté d’autodérision qui a gagné le cœur de millions de personnes pendant sa quinzaine de gloire, Edwards a mentionné à la blague : « Vous êtes venu voir le film seulement parce qu’il est gratuit ». (Ce qui pouvait bien être vrai, la diffusion faisant partie d’un festival somptueux de six jours sur Eddie l’aigle, présenté par Kicking Horse Powder Tours, une agence de vacances de ski britannique.)

Cela en dit long sur l’authenticité d’Edwards en ce sens que, en personne, il ne semble pas chercher désespérément la popularité ni ne se vante de ses présumées « réalisations ». (Après tout, Edwards a terminé dernier à chacun de ses sauts et, peu de temps après, des critères d’admissibilité beaucoup plus stricts ont été mis en place afin d’éviter que tout cirque du genre ne se reproduise.) Une file constante d’admirateurs étonnamment enthousiastes attendaient à l’extérieur du restaurant Eagle Eye de Kicking Horse pour prendre des autophotos avec un Eddie conservant le tempérament quelque peu stupéfait caractéristique d’une personne qui n’arrive toujours pas à croire qu’il n’est pas en train de plâtrer des murs dans un immeuble à logements comme l’a fait son père. En effet, il a profité de sa popularité pour devenir juge à des jeux télévisés, participer à une téléréalité et donner des discours motivationnels sur des navires de croisière et à des retraites d’entreprise.

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Trois jours plus tard, Eddie l’aigle est retourné au Parc olympique à Calgary en tant qu’invité de l’équipe de saut à ski Altius et a pris des photos avec des centaines d’admirateurs, la grande majorité étant trop jeune pour se rappeler les extravagances de 1988. Après avoir fait mention de la possible candidature de Calgary pour les Jeux olympiques d’hiver de 2024, Edwards, âgé de 53 ans, a, de façon plutôt héroïque, gravi le saut de 70 mètres et s’est envolé non pas à une, mais à deux reprises. Et, tout comme ses efforts il y a presque trois décennies, il est atterri sur ses pieds pendant que les spectateurs applaudissaient et ressentaient la magie de ce qu’était que de s’envoler avec Eddie l’aigle.

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