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Le ski à propulsion humaine et les virages demandant des efforts représentent une superbe façon d’explorer la chaîne Purcell

PAR : Claire Challen PHOTOGRAPHIE : Paul Morrison

FLEURS DE MONTAGNE
Alpine Buttercup a grandi avec les remonte-pentes en T et les télésièges, à grande vitesse et autres, qui la transportaient au sommet afin qu’elle puisse redescendre. Elle ne connaissait aucune autre façon d’accéder aux pistes de ski qu’elle adorait, jusqu’à ce qu’elle vieillisse et découvre les dameuses et les hélicoptères pouvant l’amener à des endroits encore plus extraordinaires que dans ses rêves les plus fous. Pendant des années, elle a continué de cette façon, ne ressentant pas le besoin de changement. En débarquant de l’hélicoptère Bell 212 qui l’avait amenée à sa dernière aventure, elle est demeurée perplexe en voyant son ange à rotor décoller et disparaître d’où il arrivait. Rompant le silence profond propre aux montagnes, le souffle d’Alpine Buttercup tournant en rond à la recherche de tout mécanisme motorisé pouvant satisfaire son désir de skier sur ce terrain intact et éloigné ne cessait de s’accélérer. Aucune machine crachant du diesel ni moteur électrique surchargé au bruit strident ni motoneige à deux temps. Il n’y avait rien. Le silence lui perçant les oreilles, elle se laissa tomber au sol, sur un tapis de neige fraîche ouvrant ses bras et la consommant de l’intérieur.

UN ÉCO-PARADIS LUXUEUX
Situé dans le Nord de la chaîne Purcell, à l’extrémité ouest du parc national du Canada des glaciers, la Purcell Mountain Lodge se trouve à un court vol d’hélicoptère de 15 minutes de la ville de Golden, en Colombie-Britannique. Des vues spectaculaires des montagnes blanches accueillent les passagers qui s’envolent à l’ouest de golden, passant au-dessus de Kicking Horse Mountain Resort, troquant le bruit de la ville contre le calme de la nature sauvage. Je me rendais à l’auberge pour une aventure de randonnée en ski de 4 jours avec mes nouveaux amis de Whistler, en Colombie-Britannique, Derek Foose et Jon Moon.

Nichée dans le milieu alpin accessible du mont Bald, la Purcell Mountain Lodge souhaite la bienvenue aux clients à son paradis du ski, tout en leur promettant de la neige fraîche, des couettes douillettes et des repas de grande classe. Un sauna et des douches en fin de journée représentent un luxe inespéré pour un endroit aussi éloigné que celui-ci, gâtant les skieurs en visite, moi y compris, comme jamais. Dans les années 1980, les visionnaires Paul Leeson et Russ Younger en ont déduit que les skieurs, bien qu’ils aiment les virages demandant des efforts, préfèrent au bout du compte eau courante et électricité en fin de journée. Une microcentrale hydroélectrique recueille l’eau de la rivière Spillimacheen, générant l’électricité qui distingue Purcell des autres auberges dans l’arrière-pays. Un système de traitement d’eau écologique primé procure de l’eau des plus fraîches, tout en minimisant l’impact environnemental.

Les premiers clients de la station, qui a initialement été créée pour le skieur de randonnée touriste traditionnel, passaient leurs soirées dans des yourtes rustiques dans un pré près de la rivière Spillimacheen. L’auberge a par la suite été déplacée à son emplacement actuel, directement au-dessus de la centrale électrique Hydro Hill. Cette auberge luxueuse a été construite en 1989, avec 10 chambres dans l’établissement principal, chacune nommée d’après une fleur de montagne qui éclot pour les clients estivaux. On m’a assigné la chambre « Alpine Buttercup », alors que Jon et Derek ont eu les chambres « Red Monkey Flower » et « Purple Fleabane ».

NOUVEAU MONDE
Le bruit sourd des pas feutrés le long du corridor et la promesse d’un déjeuner classique comprenant fruits, granola maison et œufs bénédictines ont réussi à me faire sortir de la chaleur de ma couette de duvet pour aller rejoindre les autres à l’étage inférieur. La veille, nous avions pris connaissance des cartes avec notre guide, Darrin De Sosa, qui allait nous guider dans les zones les plus appropriées compte tenu des conditions météorologiques. Darrin, guide de ski canadien et guide de voyage d’aventure certifié qui exerce son métier depuis 7 ans, fait partie intégrante de la réussite de l’auberge. Il y est non seulement guide, mais aussi planificateur, porte-parole, aide-cuisinier et mécanicien d’entretien, se démenant sans cesse pour assurer le bon roulement des activités de l’auberge. De plus, il devient le héros de tous quand une de ces rares pannes du système électrique survient et qu’il emballe son coffre à outils, sa lampe de poche et sa flasque avant de disparaître en ski dans la noirceur pour réinitialiser le système. Nous avons été ravis de souper à son restaurant gastronomique la veille de notre départ dans l’arrière-pays, dégustant pétoncles, saumon et un éventail de desserts décadents.

Aucun de nous n’avait encore skié dans cette région particulière de la chaîne Purcell, mais nous n’étions tout de même pas entièrement dépourvus d’expérience dans l’arrière-pays. Derek Foose est fondateur et entraîneur-chef du Whistler Freeride Club, en plus de guider des groupes dans le monde entier depuis 2002 en tant qu’entraîneur des cliniques de ski sur pentes fortes Extremely Canadian de Whistler. Jon Moon, qui attribue sa connaissance de l’arrière-pays à sa pratique quotidienne du ski sur le vaste terrain de Whistler Blackcomb, est entraîneur pour Extremely Canadian depuis les 5 dernières années, en plus d’être un ancien skieur de compétition collégial.

Comme tout adepte de randonnées de ski le sait, le choix des compagnons est aussi important que le choix du terrain. Lorsque les conditions météorologiques défavorables limitent votre chance de skier où vous aimeriez, il est important que vos amis puissent apprécier le simple fait de se retrouver dans les montagnes.

TROUVER SON RYTHME
Clac, clac, clac. Le son hypnotique et rythmique de mes fixations de randonnée était tout ce que je pouvais entendre, à l’exception du chant des oiseaux nous survolant à l’occasion et du nettoyage de sinus digne d’un fermier de mes compatriotes derrière moi. Je me suis permis de me laisser aller dans un état de pseudo-transe, tandis que je suivais les traces de Darrin en direction nord, vers le Burn. Les nuages bas avaient continué d’envelopper le chalet pendant le déjeuner. Voilà qu’ils engouffraient non seulement les montagnes, mais aussi notre espoir de monter haut aujourd’hui. Vu cette visibilité si faible inhabituelle, il nous fallait rester dans les arbres afin de garder un certain point de référence.

Pour atteindre le Burn, nous nous sommes dirigés vers le sommet du mont Sir Donald, un des 50 monts classiques à escalader en Amérique du Nord et surnommé le « Matterhorn » de la Colombie-Britannique. En chemin, nous avons surplombé une zone appelée « Three Fingers », soit une série de descentes et d’arêtes d’une fraîcheur immaculée qui n’avaient pas vu l’ombre de notre volée de Rossignol depuis quelque temps. Mais, c’était peine perdue. Nous n’aurions pas assez de temps pour y skier aujourd’hui. Il fut difficile de laisser vierge un terrain d’un tel attrait, et, en plus de mes larmes, je devais endurer des gémissements de torture et des regards blessés de la part de Derek et Jon. Cependant, le Burn s’est avéré en valoir la peine, parvenant à assécher nos larmes et à nous faire retrouver le sourire.

Après deux jours de plaisir dans les arbres vu les conditions nuageuses, nous avions espoir que les nuages se dissipent le troisième jour pour nous permettre d’aller au sommet des montagnes et de profiter du terrain grand ouvert. Nous étions même restés debout tard à travailler dur sur la situation. Les skieurs avisés ont toujours dit que, si l’on veut que le ciel se dégage, il vaut mieux veiller tard et boire trop; il est ainsi presque certain que le soleil sera au rendez-vous le jour suivant. Nous avons fait preuve d’imagination et nous sommes même adonnés à des descentes de traîne sauvage extrême.

En nous frottant les yeux gonflés et les ecchymoses causées par la traîne sauvage le matin suivant, nous regardions le ciel nous taquiner en nous laissant entrevoir les sommets de l’est des monts Ptarmigan et Porcupine. Mais, les nuages bas étaient en charge, et nos efforts furent vains. Nous allions rester bas encore une fois, à explorer près de l’auberge cette fois. Même si j’étais évidemment déçue de ne pas atteindre des élévations supérieures, la neige était sèche, légère et exempte de traces tout autour de nous. Pour notre dernière journée, l’équipe a manifesté sa volonté d’explorer les pentes courtes, mais abruptes, des Knee Grinder Glades.

PLACE AU CHANGEMENT
Peu importe combien de temps j’ai cru que ski et sueur n’allaient pas ensemble, je me suis rendu compte de mon erreur en quelques jours. L’exploration des montagnes en silence, loin des moteurs des remonte-pentes et des foules de skieurs qui viennent skier sur des pistes accessibles par télésiège, valait le coup pour vérifier les capacités inflammables de ma technique de base. Une certaine magie s’opère quand on est à l’extérieur dans les montagnes, laquelle est décuplée quand la neige est profonde et intacte. Oui, je chercherai encore du ski à propulsion humaine, mais à quelques conditions : La compagnie doit en valoir le coup! On doit me promettre une neige intacte. Et, si je pouvais prendre ma douche avant mon repas cinq étoiles, ça m’irait bien.