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Série sur le profil d’une famille de ski : Une vie de rêve – Les Morden de Whistler

PAR : Lori Knowles PHOTOGRAPHIE : Famille Morden et Chris Speedie.

Que signifie vivre, travailler et élever sa famille dans une ville de ski canadienne? Quelles en sont les joies? Les sacrifices? Les conséquences de vouer ses vies familiale et professionnelle au sport du ski? Dans cette série, Lori Knowles interroge des générations de familles vivant une « vie de rêve ». Cette semaine, elle s’entretient avec Nancy Morden, mairesse de Whistler, et sa fille Sarah, une intrusion dans la vie d’une famille éminente travaillant, vivant et jouant dans la ville de ski la plus célèbre au Canada.

C’ÉTAIT L’ÉTÉ DE L’AMOUR À WHISTLER. 1973. L’époque des nuvitistes, des skieurs bohèmes, des règnes de Trudeau et de Nixon, des rubans à 8 pistes de Lighthouse et The Guess Who, de Kojak à la télé. Deux jeunes ontariens, Nancy Wilhelm et Ted Morden, abandonnent l’université pour s’installer dans une cabane de squatteurs à Whistler, un lit chaud, du ski sur les glaciers en été et l’adage « vivre et laisser vivre ». Qui aurait cru que cette aventure hippie mènerait à des carrières honorables en droit et en immobilier, une vie de famille sur les pentes et une candidature au poste le plus convoité de la ville de ski : mairesse de Whistler?

L’histoire de cette famille classique de Whistler commence par le déménagement de Ted Morden de Kitchener à Whistler tout de suite après l’obtention de son diplôme d’études secondaires. Sa copine, Nancy Whilhelm, le suit pour des vacances de deux semaines, promettant à ses parents qu’elle reviendra à temps pour le début de ses cours, à l’automne 1973. « Mais, quand a sonné l’heure du retour, j’ai appelé à la maison et dit à mes parents que je ne reviendrais pas, nous raconte Nancy. J’avais 18 ans, ils ne pouvaient pas faire grand-chose. »

Ted et Nancy ont trouvé des emplois étranges à bûcher, à faire le plein, à servir des cocktails à The Boot back à l’époque où les clients se rendaient au bar à cheval, littéralement, pour commander une bière. C’est cette même année que Chris Speedie a pris sa photo iconique d’hippies nus devant le Toad Hall de Whistler. Le premier voleur de la ville avait déjà remorqué la banque de Whistler en entier. Et, comble du hasard, on enregistre à Whistler un record de précipitations de neige en 1973-1974. Ces deux enfants ontariens qui n’avaient jamais skié sur des monts plus hauts que l’escarpement de Niagara vivent l’expérience de ski de leur vie.

Plus de 40 ans plus tard, Ted et Nancy Morden, 61 ans, skient et vivent toujours à Whistler. Beaucoup de choses ont changé. Ils ont deux enfants qui adorent le sport. Ted est l’un des courtiers en valeurs immobilières les plus célèbres en ville, alors que Nancy exploite un cabinet d’avocats, en plus d’être… mairesse de Whistler. Tout cela, par amour du ski.

Une vie qui n’a rien d’ennuyeux
Vivant dans le bois, sans payer de loyer, dans une cabane rustique construite par Ted en 1975, le couple économise assez de sous pour permettre à Nancy de s’inscrire à la faculté de droit à Vancouver. Malgré tout, Ted tient plus que tout à demeurer à Whistler. Une fois ses études en droit terminées, Nancy met de côté ses aspirations à devenir avocate plaidante dans une grosse ville pour rejoindre son mari. « Je pensais que de lancer un cabinet d’avocats dans le village de Whistler mettait fin à une carrière intéressante, mais, sincèrement, l’expérience n’a absolument rien d’ennuyeux », explique Nancy.

Une de ses premières affaires l’a menée à déterrer le passé de Whistler, demandant à ses pionniers de témoigner devant le juge afin de déterminer si une route locale était privée ou publique. Elle a représenté le célèbre Gilles Blackburn après que le skieur québécois et sa femme soient demeurés en détresse dans l’arrière-pays de la Colombie-Britannique pendant neuf jours, près de Kicking Horse, sa femme périssant avant que les secours n’arrivent. Wilhelm-Morden était sur la scène juridique en 2008 quand une tour s’est effondrée sur la télécabine Whistler Blackcomb, blessant 12 personnes. « Oui, affirme Nancy. J’ai vu le côté horrifiant du ski. »

Mais, les expériences ont solidifié un engagement à vie envers le sport. Nancy admet qu’elle est parfois nerveuse dans un remonte-pente. « Je prends de grandes respirations et je me parle. » Elle et Ted ont élevé leurs deux filles, Sarah et Jessie Rose, sur les pentes de Whistler. Ils les ont inscrites à des camps de ski, leur ont montré à skier des pistes double losange et leur ont appris à gérer les sous-bois, les bosses et les pentes abruptes, tout en surmontant les obstacles avec agilité, rapidité et un esprit des plus libres. « Nous leur avons appris à aimer et à respecter les montagnes, explique Nancy. Nous ne passons pas une journée sans apprécier cet endroit. »

Effet cascade
Ce sentiment d’appréciation s’est transmis à ses enfants. Sarah et sa sœur habitent et travaillent à Whistler. Bien qu’elles aient voyagé, étudié, rêvé de vivre dans des grandes villes ou en bord de mer, elles y reviennent toujours. Sarah Morden décrit une enfance à Whistler remplie de portes d’entrée non verrouillées, d’athlètes olympiques comme voisins et d’heures de pure liberté à skier sur des pentes couvertes de poudreuse. « On organisait des Ski Scamps sous une grande tente rouge à la station olympique, indique-t-elle. Il y avait une odeur à la fois de sandwich au fromage fondu et de petits pieds. C’était à la fois horrible et…, bien, ce qu’il y avait de mieux. »

Les souvenirs les plus lointains de Sarah comprennent les suivants : se promener dans le salon avec ses skis à l’âge de deux ans; skier à Whistler tous les vendredis d’hiver avec l’école primaire locale; se faire lever dans les airs sur scène quand la ville a célébré la victoire olympique de Ross Rebagliatti à Nagano. Elle a grandi avec la planchiste olympique Mercedes Nicoll. Enfant, elle a pris son bain avec la médaillée d’or olympique Ashleigh McIvor. « Quand les gens entendent que je suis de Whistler, ils me demandent si je skie. J’aime leur répondre : Bien oui… Je respire aussi. »

Quand on lui demande les inconvénients d’élever une famille dans une ville que la plupart des Canadiens considèrent comme un « endroit de rêve », Nancy admet qu’il y a des sacrifices à faire. La scène artistique et culturelle, comme la danse, le théâtre et les galeries d’art, bien qu’elle prospère maintenant à Whistler, était presque inexistante quand les enfants Warden y ont grandi. Il est difficile de trouver un logement abordable, tout comme un salaire raisonnable.

Les Morden affirment tout de même qu’ils ne peuvent imaginer leur vie autrement. « J’ai grandi dans cette ville, explique Nancy. Je n’étais qu’une enfant quand j’y suis arrivée, ce qui est étonnant que j’y pense. »

La mairesse de Whistler est-elle contente d’avoir appelé ses parents à l’âge de 18 ans pour leur dire qu’elle ne reviendrait pas à la maison? Elle l’est certainement. « Whistler est un endroit magnifique », dit-elle en conclusion.